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Rapport annuel de la Zone franc Rapport annuel de la Zone franc – 2017

Portée par l’accélération de la reprise mondiale, la croissance en Zone franc s’est élevée à 3,9 % en 2017, contre 3,6 % en 2016.

Ces chiffres continuent d’être significativement supérieurs à ceux de l’Afrique subsaharienne (2,8 % en 2017, contre 1,5 % en 2016), mais restent en deçà du rythme nécessaire pour assurer un réel décollage économique.

Le choc pétrolier, débuté mi-2014, a fait diverger les deux principales sous-régions de la Zone franc.

Comme en 2015 et 2016, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) affichent des évolutions économiques très contrastées. En cause, la structure très différente de leurs économies : en 2017, les hydrocarbures représentaient 64,1 % des exportations nettes de la CEMAC alors que les produits pétroliers représentaient 13,7 % des importations nettes de l’UEMOA. En CEMAC, pour la deuxième année consécutive, l’activité économique stagne, avec un taux de croissance du PIB nul en 2017.

Les perspectives y sont néanmoins plus encourageantes, notamment grâce au rebond observé du prix des hydrocarbures depuis mi-2017. L’activité économique en UEMOA continue de progresser à un rythme très significativement supérieur à celui des pays d’Afrique subsaharienne (ASS), avec une croissance de 6,7 % en 2017 (rythme également supérieur à celui des pays de l’ASS importateurs de pétrole, 4,4 % pour 2017). En Union des Comores, l’activité économique a confirmé sa légère accélération et s’est élevée à 3,0 % en 2017. Entre pays de la Zone franc, les écarts de croissance en 2017 demeurent ainsi très significatifs, s’élevant à 12,4 points de pourcentage entre le pays ayant la plus forte croissance et celui ayant connu la plus forte récession.

Les pays de la Zone franc, dans leur ensemble, affichent toujours des taux d’inflation (0,8 % en 2017, en moyenne annuelle) nettement inférieurs à ceux de l’ASS (11,0 % en 2017), grâce à l’arrimage de leur monnaie à l’euro.

En 2017, la hausse des prix est restée très faible mais s’est quelque peu accélérée en cours d’année, affichant 1,7 % en glissement annuel pour la CEMAC à fin 2017 et 0,9 % pour l’UEMOA. Ce constat est partagé pour la majorité des pays de la Zone franc, pour lesquels l’inflation ne dépasse pas le critère de convergence de 3 %. Dans ce contexte, les politiques monétaires des banques centrales de la région ont peu évolué en 2017, demeurant accommodantes, malgré un léger resserrement par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) avait, pour sa part, resserré sa politique monétaire en 2016. En Union des Comores, la politique monétaire est restée inchangée en 2017. Avec la décision en décembre 2017 d’interdire le financement monétaire, la BEAC a entamé une profonde réforme du cadre de mise en œuvre de sa politique monétaire afin de la rendre plus réactive et plus indépendante (cf. point de vue de la BEAC dans le chapitre 4). La Banque centrale des Comores (BCC) a également engagé, en 2017, une réflexion pour rénover le cadre de mise en oeuvre de sa politique monétaire afin de mieux contrôler la liquidité bancaire.

 

Malgré un recul des déficits budgétaire et extérieur en 2017, ceux-ci demeurent élevés pour la Zone franc.

Le déficit du compte courant s’élève à 5,9 % pour 2017, à comparer à 2,6 % pour l’Afrique subsaharienne. Il est néanmoins en net recul par rapport à 2016 (7,9 %). La récente remontée du prix du pétrole a en effet affecté positivement les comptes extérieurs de la CEMAC, qui bénéficie ainsi d’une forte réduction de son déficit. Le déficit budgétaire (dons exclus) est demeuré important, représentant 5,3 % du PIB en 2017 pour l’ensemble de la Zone. Il a en outre diminué significativement entre 2016 et 2017, principalement en raison de l’amélioration des finances publiques en CEMAC. Celle-ci s’explique, certes, par la remontée du prix du pétrole, mais aussi par les efforts coordonnés d’ajustement budgétaire des États. Malgré cela, certains États font face à des arriérés de leur secteur public et à la hausse de l’endettement public (cf. section 1 du chapitre 2). Au cours des cinq dernières années, il a crû d’environ 20 points de pourcentage de PIB, pour atteindre 46,3 % en 2017. Malgré la progression attendue du PIB, ce taux d’endettement devrait demeurer élevé pour la région, certains pays étant même confrontés, d’après le FMI, à des risques élevés en matière de soutenabilité de la dette. Précisément, à fin 2017, sur huit pays de l’ASS classés en « debt distress » par le FMI, deux se trouvaient en Zone franc.

Le système financier de la Zone franc se développe, mais il demeure fragile et encore insuffisamment inclusif pour accompagner efficacement le développement économique de la Zone.

En raison du ralentissement économique, la situation du secteur bancaire s’est dégradée, comme l’illustre la hausse des taux de créances en souffrance (cf. tableau ci-dessous). Cette évolution s’est accompagnée d’une interdépendance accrue entre la vulnérabilité du secteur bancaire et celle des finances publiques (cf. section 2 du chapitre 2). L’inclusion financière, même si elle reste encore faible en comparaison des autres économies subsahariennes, progresse constamment, notamment grâce à la banque mobile. Cet objectif de plus grande inclusion financière est au cœur des travaux des banques centrales de la Zone franc, comme le soulignent les points de vue de la BCEAO (cf. chapitre 3) et de la BCC (cf. chapitre 5).

Dans ce contexte économique qui reste difficile, la majorité des pays de la Zone franc ont conclu un programme avec le FMI.

Les mesures mises en œuvre dans le cadre des programmes et les apports de financements, notamment du FMI, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de l’Union européenne et de la France, contribuent conjointement à l’amélioration de la situation économique et de la confiance.

En 2017, les principaux problèmes structurels de la Zone franc persistent, mais les institutions de la région prennent des mesures pour y remédier.

Ces problèmes structurels sont, dans leur ensemble, communs à la plupart des pays de la Zone. Une politique d’investissement de long terme, y compris pour faire face au risque sécuritaire particulièrement important pour les pays du Sahel, ainsi qu’un effort continu d’amélioration de l’environnement des affaires demeurent primordiaux pour augmenter leur compétitivité et leur attractivité. Ces initiatives devraient permettre une plus grande diversification des économies, particulièrement nécessaire pour les pays très dépendants du pétrole (cf. point de vue de l’Agence française de développement et section 3 du chapitre 2). Afin d’accompagner son développement, la Zone franc devra également continuer à s’appuyer sur des partenariats économiques et financiers ; pour cela, comme le montre la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), il convient que soit définie une politique de coopération la plus adaptée possible à la diversité de ces partenariats (cf. point de vue de la Ferdi dans le chapitre 1). Un enjeu clé pour les États de la Zone franc est de se donner les moyens d’une politique économique, et notamment budgétaire, plus contracyclique. Afin de les y encourager, la Commission de la CEMAC a rénové en 2017 ses critères de convergence. Par la signature de la Déclaration de Yaoundé de novembre 2017, les États de la Zone franc s’engagent désormais à une plus grande coopération fiscale. Celle-ci devrait à terme permettre une meilleure mobilisation des ressources, concourant à la fois à l’effort d’investissement public et à une plus grande contracyclicité des politiques publiques. Au-delà des enjeux budgétaires et dans une perspective d’intégration régionale, les pays de la Zone franc ont continué en 2017 de promouvoir des stratégies communes sur différents thèmes. Lors de la réunion des ministres de la Zone franc d’avril 2018, les États se sont engagés à renforcer leurs actions pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Concernant le secteur bancaire, les superviseurs des unions monétaires d’Afrique centrale (UMAC) et d’Afrique de l’Ouest (UMOA) ont entrepris des actions fortes en 2017, visant à renforcer la gouvernance des établissements de crédit dans leur zone respective.

Les perspectives économiques de la Zone franc demeurent modérément encourageantes pour les prochaines années.

Ainsi, pour 2018, les banques centrales de la Zone franc prévoient, pour leur région, une croissance du PIB de 1,7 % en CEMAC, 6,8 % en UEMOA et 3,3 % en Union des Comores. Cette progression anticipée de l’activité s’explique principalement par un rattrapage des pays exportateurs de pétrole. Cependant, cette évolution demeure à risque, notamment en cas de retournement du prix des matières premières, d’une aggravation de la situation des finances publiques, ou d’une dégradation de la situation sécuritaire. Cette croissance modérée, mais soutenue, et les efforts d’ajustement mis en œuvre par les États dans le cadre des programmes adoptés ou en cours de discussion avec le FMI, devraient favoriser un léger recul du déficit budgétaire de la Zone franc et de son déficit extérieur courant. Enfin, cette évolution devrait permettre une progression des réserves de change, indispensables pour absorber d’éventuels chocs à venir.

 

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Rapport annuel de la Zone franc Rapport annuel de la Zone franc – 2017
  • Publié le 08/10/2018
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Mis à jour le : 09/10/2018 17:20