Document de travail n°731 : Comment les contraintes financières à court terme affectent-elles l'investissement à long terme des PME ? Le cas du canal du besoin en fonds de roulement

Ce papier examine les effets réels des contraintes financières à court terme à la lumière du canal du fonds de roulement : les contraintes de crédit de trésorerie peuvent obliger les PME à renoncer à des opportunités d'investissement afin de financer leurs besoins en fonds de roulement. En m’appuyant sur de nouveaux indicateurs de contraintes de crédit de trésorerie et d’investissement tirés de données d'enquête, je constate que : (1) les contraintes de crédit à court terme sont aussi importantes que les contraintes de crédit à long terme dans les décisions d'investissement des PME ; (2) l'effet négatif des contraintes de crédit de trésorerie sur l’investissement des entreprises est encore plus fort pour les entreprises ayant des besoins en fonds de roulement plus élevés ; (3) la relation négative entre le besoin en fonds de roulement et les investissements fixes est associée aux frictions financières à court terme ; (4) seules les PME liquides peuvent compenser leurs difficultés financières à court terme en ajustant leurs stocks et leurs créances clients.

En dépit du lien qui existe entre le financement de court terme et le besoin en fonds de roulement (BFR), la littérature examinant les conséquences réelles des frictions financières s'est  traditionnellement focalisée sur le crédit de long terme. Toutefois, étant donné la structure de financement spécifique des PME, les contraintes de financement de court terme peuvent également  avoir des effets importants sur leur dynamique d’accumulation de capital. En présence de marchés de capitaux imparfaits, les entreprises qui rencontrent le plus de problèmes d’agence (i.e. les PME) dépendent principalement de leur autofinancement et privilégient l’endettement par rapport à l'augmentation de capital lorsqu'un financement externe est requis. Dans ce contexte, les entreprises identifiées comme ayant des contraintes financières présentent également une plus grande sensibilité de l'investissement au cash-flow. De fait, l'allocation du cash entre ses différentes utilisations (i.e. le remboursement des emprunts, la distribution de dividendes, le financement du BFR et l'investissement) revêt une importance capitale.

En finance d'entreprise moderne, le besoin en fonds de roulement représente la position nette des actifs liquides, réels et financiers détenu par les entreprises. Il est défini comme la somme des créances clients et des stocks à laquelle on retranche les dettes fournisseurs et les dettes à moins d'un an. En d’autres termes, le besoin en fonds de roulement représente les fonds disponibles et utilisés pour les opérations quotidiennes d’une entreprise. À cet égard, l'une des principales motivations de cette recherche provient de l'importance des actifs courants dans le bilan des PME, en particulier dans des secteurs tels que le commerce de détail, la construction et l'industrie où la gestion des stocks est un enjeu majeur.

Pour évaluer les effets réels des contraintes financières, mon analyse empirique s'articule autour de deux approches différentes qui s'appuient toutes deux sur l'enquête trimestrielle française sur l'accès au financement des PME. Faisant suite à l'enquête de la BCE sur l'accès au financement des entreprises (SAFE), l'enquête française a été lancée au premier trimestre 2012 et vise à fournir des informations sur les difficultés auxquelles font face les PME dans leur tentative d'accès au financement. Surtout, le questionnaire est le premier à mettre l'accent sur la maturité du prêt en distinguant les demandes de prêt à court terme des demandes de prêt à long terme. En agrégeant les réponses trimestrielles, je suis en mesure d'élaborer des indicateurs annuels de contraintes en crédit d'investissement et de trésorerie qui peuvent être appariés aux données de bilan des entreprises.
À partir de ces indicateurs qualitatifs  fondés sur l'accès au financement de près de 8 000 PME indépendantes, j'utilise  à la fois des méthodologies d’ appariement (i.e. matching) et de panel dynamique pour évaluer l'effet des contraintes financières de court terme sur l'investissement des entreprises. Ainsi, je montre que les contraintes de crédit à court terme sont au moins aussi importantes que celles à long terme dans les décisions d'investissement des PME. Sous l'effet du canal du besoin en fonds de roulement, le financement des actifs courant peut entrer en concurrence avec les investissements en immobilisations dans la mesure où  les créances clients et les stocks ne sont pas facilement monétisables. Par conséquent, les entreprises ayant des opportunités d’investissement ne peuvent pas les saisir car les contraintes de crédit de trésorerie les obligent à allouer davantage de cash-flow au financement du besoin en fonds de roulement.

Par ailleurs, l'effet négatif des contraintes de crédit  de trésorerie sur l'investissement des entreprises est plus marqué pour les entreprises dont les besoins en fonds de roulement sont plus élevés, tandis que la relation négative entre fonds de roulement et investissement fixe est uniquement associée aux frictions financières à court terme. Enfin, seules les entreprises les plus liquides sont en mesure de compenser l'impact des contraintes financières à court terme sur les investissements fixes en ajustant leurs actifs courants.

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Document de travail n°731 : Comment les contraintes financières à court terme affectent-elles l'investissement à long terme des PME ? Le cas du canal du besoin en fonds de roulement
  • Publié le 10/10/2019
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Mis à jour le : 10/10/2019 14:53