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Document de travail n°676 : Dynamique des entreprises et mesure de la croissance en France

Les offices de statistiques nationales imputent généralement l'inflation pour les produits disparus en se basant sur des produits survivants, ce qui peut entraîner une inflation surévaluée et une croissance sous-évaluée. Philippe Aghion, Antonin Bergeaud, Timo Boppart & Simon Bunel utilisent la théorie et la méthodologie développées par Aghion et al (2017) pour quantifier, dans le cas de la France, quelle part de la croissance de la productivité n'est pas prise en compte par les bureaux de statistique pour cette raison. En utilisant le recensement des établissements en France, ils constatent que de 2004 à 2015, environ 0,5 point de pourcentage de croissance de la production réelle par an n'est pas pris en compte, ce qui est à peu près la même chose qu'aux États-Unis. Bien que ce résultat suggère que la croissance manquante par la destruction créative pourrait être structurellement la même dans différents pays, les auteurs montrent qu'ils cachent en fait différentes dynamiques sous-jacents dans le cycle de vie des établissements et des entreprises dans les deux pays.

Graph: Missing growth distributed by geographical areas (in pp per year) on average from 2005 to 2015

 

Alors qu'il est facile de calculer l'inflation pour un ensemble inchangé de biens et de services, il est beaucoup plus difficile de distinguer la part de l’augmentation des prix qui est liée à l'inflation et celle liée à l’amélioration de la qualité des produits lorsque ceux-ci changent. En 1996, la Commission Boskin a pointé les biais potentiels dans la façon dont le Bureau of Labor Statistics (BLS) des États-Unis tient compte des nouveaux produits dans le calcul de l'indice des prix à la consommation (IPC). En particulier, la Commission s'est demandé si le BLS traite avec précision les produits dont le modèle a été modifié par le même producteur (par exemple, les années successives d'un modèle de voiture subissant des améliorations) et les produits qui sont eux complètement nouveaux. Dans une contribution récente, Aghion et al (2017) ont développé une méthodologie qui traite des nouvelles variétés de produits mais aussi, plus important encore, des produits qui sont sujets à la destruction créative. Ils mettent en évidence et quantifient cette source supplémentaire de biais, négligée jusque ici, lié à ce que les offices de statistiques nationales traitent de tels situation en imputant la variation de prix observés sur les produits similaires mais qui n’ont pas changé. Ceci entraine un biais, en général à la hausse sur l’inflation et donc à la baisse sur la croissance. Le biais estimé aux États-Unis est ainsi d’environ 0,6 point de pourcentage par an.

Dans cet article, nous considérons le cas de la France et appliquons la même méthodologie aux données couvrant l’intégralité des établissements de ce pays. Nous constatons qu'en moyenne, la croissance est sous-estimée d'environ 0,5 point de pourcentage. Nous examinons ensuite comment cette croissance manquante est répartie entre les secteurs et les zones géographiques. Une constatation intéressante que l'on peut voir sur la Figure 1 est que la croissance manquante n'est pas uniformément répartie géographiquement, et que les zones où le biais de mesure est plus important sont déjà les zones où la croissance mesurée est plus élevée. Cela suggère que les inégalités territoriales sont peut-être plus grandes qu'on ne le pense.

Plus généralement, les domaines où l’erreur de mesure de la croissance est plus importante sont ceux où les taux de destruction créative des établissements et de l'emploi sont les plus importants.

Le fait que nous trouvons un nombre similaire à celui des États-Unis pour la croissance manquante suggère-t-il que, d'une manière ou d'une autre, l'imputation des prix des articles manquants entraîne une sous-estimation de la croissance d'environ 0,5 point de pourcentage de manière structurelle ? La réponse semble être plus compliquée, comme nous le voyons dans une deuxième partie du document. La dynamique des entreprises et des établissements est très différente en France qu'aux États-Unis et, en particulier, la part de l'emploi des petites entreprises est plus importante en France, mais la part de marché des établissements existants est également plus importante. Ces deux caractéristiques s'annulent, de sorte que la part de marché de des établissements survivants croît à un rythme similaire aux États-Unis et en France.

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Document de travail n°676 : Dynamique des entreprises et mesure de la croissance en France
  • Publié le 13/04/2018
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Mis à jour le : 13/04/2018 14:53