Même si l’activité économique mondiale semble aujourd’hui en bonne voie après des années de faible croissance dans le sillage de la crise financière mondiale, différents types d’incertitude assombrissent les perspectives économiques à court terme (cf. Obstfeld, 2018). Les récents débats de politique économique ont fortement mis l’accent sur ce phénomène car la montée des incertitudes se répercute sur les décisions de politique économique. Ainsi, Janet Yellen (2017) souligne combien les incertitudes concernant les perspectives économiques sont liées à l’état de l’économie, à l’évaluation des capacités inutilisées sur le marché du travail et aux mesures de l’inflation anticipée, et combien ces anticipations pèsent à leur tour sur les décisions de politique monétaire, en particulier en termes d’abandon progressif des mesures de politique monétaire non conventionnelles. Dans le même temps, les politiques économiques ont un rôle à jouer dans la réduction des différents types d’incertitude car elles ancrent les anticipations des agents dans un engagement transparent et sans équivoque. Par exemple, les indications sur la trajectoire future des taux d’intérêt directeurs (forward guidance) utilisées par les banques centrales pour l’orientation future des taux d’intérêt à court terme ou des programmes d’assainissement budgétaire pluriannuels crédibles permettent de conduire efficacement une politique économique tout en réduisant l’incertitude.
Mesurer les fluctuations de l’incertitude et leurs conséquences
L’incertitude étant une variable non observable par nature, différentes approches sont employées pour la mesurer. Les efforts de recherches sont aujourd’hui de plus en plus axés sur les mesures de l’incertitude (cf. la revue de littérature menée par Ferrara, Lhuissier et Tripier, 2017) ; ce qui n’était pas le cas il y a dix ans. Par exemple, le VIX (Volatility Index – Index de volatilité) a été largement utilisé comme mesure de l’incertitude reflétant la volatilité sur les marchés financiers. L’absence de consensus parmi les prévisionnistes constitue une autre mesure très utilisée ; on suppose qu’il existe un lien direct, positif, entre l’incertitude sur le futur et la façon dont les enquêtes d’opinion divergent (cf. par exemple Istrefi et Mouabbi, 2017). Plus récemment, des analyses fondées sur le texte ont exploité des articles de journaux dans des bases de données importantes afin de fournir de nouvelles mesures d’incertitude. De façon plus spécifique, ces analyses utilisent et comptent le nombre de références à l’incertitude, avec, derrière cette approche, l’intuition selon laquelle plus il y a de références plus le degré d’incertitude est élevé. Par exemple, Baker, Bloom et Davis (2016) proposent de mesurer l’incertitude sur la politique économique pour un vaste ensemble de pays avancés et émergents en comptant, dans les journaux, le nombre d’occurrences de certains mots spécifiques (tels que « incertitude », « déficit », etc.). Ces nouveaux indicateurs apportant un éclairage sur le concept d’incertitude ont été intégrés par les autorités aux débats sur la politique économique ; via un cercle d’activité vertueux, cela a ensuite conduit au développement de nouvelles mesures de l’incertitude.